Giorgia Meloni, une alliée encombrante ?

La politique suivie par Giorgia Meloni ressemble à celle que le RN envisage de mettre en œuvre s’il arrive au pouvoir. Pourtant le RN et le parti Fratelli d’Italia entretiennent peu de relations.

La politique suivie par Giorgia Meloni ressemble à celle que le RN envisage de mettre en œuvre s’il arrive au pouvoir. Pourtant le RN et le parti Fratelli d’Italia entretiennent peu de relations.

Giorgia Meloni au pouvoir

En 2022, les électeurs italien sont donné la majorité à une alliance des partis de droite dirigée par Fratelli d’Italia, formation dirigée par Giorgia Meloni, un avatar du Mouvement Social Italien (MSI), qui a été créé en 1948 par les rescapés du régime mussolinien. Giorgia Meloni est devenue Présidente du Conseil.

Les principales mesures du gouvernement Meloni

La première mesure prise par le nouveau gouvernement a été la promulgation en novembre 2022 d‘un décret anti rave parties, qui punit de lourdes peines de prison et d’amendes le organisateurs.

Giorgia Meloni accorde une grande place au « combat culturel » et au « combat informationnel », autour de la volonté de rendre aux Italiens leur « fierté ». Le 6 avril 2023, juste six mois après son élection, elle organise des états généraux de la culture, baptisés « Penser l’imaginaire italien ». L’objectif est de « cambiare la narrazione », c’est-à-dire de mettre en valeur un nouveau « récit national » qui valorise certaines réalisations de Mussolini, glorifie la période impériale et coloniale de l’Italie mussolinienne et réhabilite le futurisme italien dont certains animateurs se sont compromis avec le régime fasciste (organisation d’une grande exposition à Rome). Giorgia Meloni a cependant déclaré en septembre 2022 que la droite italienne a « renvoyé le fascisme à l’histoire ». Parallèlement à la mise en place d’un  nouveau récit national, des mesures de contrôle ont été prises. La RAI a vu la plupart de ses responsables et présentateurs remplacés, plusieurs équipements culturels et festivals ont vu leurs responsables remplacés (par exemple la Biennale de Venise). L’écrivain antifasciste Antonio Scurati a été déprogrammé d’une émission sur la télévision publique italienne en avril 2024. L’auteur de Gomorra Roberto Saviano et le philosophe Luciano Canfora ont été trainés en justice pour diffamation.

Dans le domaine de l’économie, Giorgia Meloni mène en apparence une politique de rigueur budgétaire, via une baisse des dépenses publiques et une baisse des impôts ; cette politique suscite l’admiration des milieux de droite et d’extrême droite en France, mais aussi d’un certrain  nombre de journalistes. Le déficit budgétaire italien a été réduit à 3,1 % du PIB en 2025, devrait être de 2,7 % du PIB en 2026, avec l’objectif de parvenir à 2,3 % en 2028. Mais, dans le détail, le tableau est moins réjouissant. le poids du coût de sa dette est encore plus important qu’en France. La croissance, elle, va rester très faible : après le 0,5 % prévu en 2026, le ministère de l’économie ne prévoit que 0,7 % l’an prochain et 0,9 % en 2028. Le tout dans un contexte de productivité stagnante et de baisse du PIB potentiel : la politique budgétaire choisie s’accompagne d’un affaiblissement structurel de l’économie italienne. La baisse des impôts se fait essentiellement au profit des hauts revenus : le gouvernement a baissé le taux de l’imposition sur le revenu pour les revenus de plus de 28 000 euros.

En ce qui concerne l’immigration, en 2022, la candidate Giorgia Meloni martelait sa volonté d’imposer un « blocus naval » et de stopper « l’invasion migratoire »[1]. Mais, un fois arrivée au pouvoir, elle a poursuivi à la fois une politique restrictive concernant les réfugiés et, plus récemment, une politique de régularisation massive des travailleurs clandestins, qui s’explique par les besoins de main d’œuvre d’un pays où la natalité est au plus bas et où la population diminue. En 2023, l’Italie a réduit ses mesures d’intégration et d’accueil : contrôle de l’entrée des travailleurs et réduction des arrivées irrégulières, limitation des demandes d’asile et d’accueil. Elle a notamment durci les conditions d’accès des réfugiés à la protection internationale, en limitant les motifs ouvrant droit à la « protection spéciale ».

En octobre 2023, l’Italie a fixé les quotas d’entrée de migrants de travail pour la période 2023-2025 à 136 000 pour 2023, 151 000 pour 2024 et 165 000 pour 2025, soit une nette hausse par rapport aux quotas annuels précédents. En juin 2025, un nouveau décret triennal sur les flux migratoires autorise près de 500.000 nouvelles entrées entre 2026 et 2028[2]. l’Italie s’est engagée dans la conclusion d’accords bilatéraux avec les pays africains d’émigration. Ce qui n’empêche pas Fratelli d’Italia, d’être un adepte de la théorie du « grand remplacement » des Européens par les immigrés

Les possibilités d’accès à la nationalité italienne ont été réduites par le décret législatif n°36 du 28 mars 2025 : un résident non européen sans lien de mariage ni de sang avec l’Italie doit maintenant vivre dans le pays pendant dix ans avant de pouvoir demander la naturalisation, disposer d’un niveau de revenu et avoir des grands-parents ou des parents italiens.

Le gouvernement tente de relancer la natalité. Depuis 2022, une allocation unique a été mise en place, offrant de 54 à 189 euros par mois et par enfant jusqu’à la majorité. Giorgia Meloni a également introduit une augmentation de 50% de cette allocation en 2025, ainsi qu’un bonus de 1 000 euros pour chaque naissance cette même année.

En mai et juin 2025 est votée par les 2 chambres une loi sur la sécurité ; des actes auparavant considérés comme non violents, tels que le refus de s’alimenter ou le fait de rester assis pendant une émeute dans une prison, sont désormais passibles de sanctions pénales. La loi criminalise également certains actes de désobéissance civile, tels que le blocage des routes ou des voies ferrées, avec des peines pouvant aller jusqu’à un mois de prison et 300 euros d’amende pour les individus, ou jusqu’à six ans pour les groupes. Le 5 février 2026, le Sénat approuve un décret renforçant la sécurité intérieure. Il prévoit notamment une répression accrue des armes blanches, l’extension des zones rouges à surveillance renforcée dans certains quartiers et une extension de la détention préventive (avec notamment la possibilité de retenir un citoyen avant une manifestation).

On constate de multiples atteintes aux droits des femmes, notamment l’IVG. Dans certaines régions, les centres du planning familial font écouter aux femmes candidates à une IVG les battements de cœur du fœtus. 63 % des gynécologues et obstétriciens sont objecteurs de conscience et ne pratiquent donc pas les avortements. En avril 2024, le Parlement a voté un amendement déposé par Fratelli d’Italia, qui permet aux groupes opposés à l’IVG d’intervenir directement dans les centres de consultation.

Les projets de modification de la Constitution et du Conseil supérieur de la magistrature

Giorgia Meloni a tenté de mettre en place un régime présidentiel, mais a échoué dans son entreprise. Son programme politique en 15 points prévoyait l’instauration d’un « semi-présidentialisme à la française » avec l’introduction de l’élection au suffrage universel du Président de la République ; cette proposition n’a pas été mise en œuvre. En novembre 2023, le Conseil des ministres approuve un projet de réforme constitutionnelle qui prévoit l’élection directe au suffrage universel du Président du conseil. Cette proposition ayant fait l’objet de virulentes critiques, sera également abandonné.

Giorgia Meloni a voulu s’attaquer au « gouvernement des juges » et à un certain nombre de particularités de la justice italienne, notamment l’appartenance des juges et des procureurs à un corps unique doté d’une gouvernance autonome et organisé en courants politiques. Les 22 et 23 mars, le référendum de réforme de la justice voulue par la Première ministre a été largement rejetée par les électeurs (54 %). Il prévoyait une réforme du Conseil supérieur de la magistrature avec, notamment, le tirage au sort d’une partie de ses membres. Il s’agissait de restreindre le pouvoir des magistrats qui, depuis trente-cinq ans et l’opération anticorruption «Mains propres», mais aussi les entraves à la création d ‘un centre de rétention des réfugiés en Albanie, ont régulièrement influencé le jeu politique.

Giorgia Meloni a annoncé un référendum pour modifiant le loi électorale italienne. Le projet, présenté par les partis de la coalition gouvernementale, Fratelli d’Italia, Lega et Forza Italia, vise à transformer le système électoral italien. Aujourd’hui, l’Italie fonctionne avec un système mixte, une partie des députés est élue dans des circonscriptions au scrutin majoritaire, dans d’autres circonscriptions à la proportionnelle, dans tous els cas en un seul tour. La réforme envisagée ferait basculer le système vers une proportionnelle intégrale assortie d’une prime majoritaire pour la coalition arrivée en tête. Concrètement, si une coalition ou un parti dépasse un certain seuil (autour de 40 % des voix), elle recevrait un nombre supplémentaire de sièges au Parlement, suffisant pour atteindre une majorité confortable. Cette réforme aura pour effet de donner une majorité au parti arrivé en tête.

Ces tentatives de réforme vont toutes dans le même sens, une remise en cause de l’Etat de droit. Le moins que l’on puisse dire est que Giorgia Meloni connaît quelques difficultés pour les faire adopter.

La politique étrangère de Giorgia Meloni

Dans le domaine de la politique étrangère, Giorgia Maloni s’est ingéniée à renforcer le poids de l’Italie sur la scène internationale avec un certain succès. A travers le « plan Mattei », elle mène une politique de présence en Afrique, notamment auprès de l’Algérie, la Libye, l’Ethiopie, ne se privant pas de critiquer le colonialisme de la France et le franc CFA. Début 2024, elle organise un sommet Italie-Afrique à Rome.

En Europe, après avoir critiqué au cours de la campagne de 2022 le fonctionnement de l’UE, elle a tu ses critiques et développé d’excellentes relations avec Ursula von der Leyen, la Présidente de la Commission, attentive à bénéficier des aides de l’UE, d’un montant de 200 milliards d’euros, dans le cadre du plan de relance européen post-Covid. Elle soutient les efforts d’aide à l‘Ukraine.

Après s‘être présentée comme la meilleure alliée de « son ami » Trump et avoir multiplié les déclarations en sa faveur et les visites à Washington, elle a été amenée à prendre ses distances. Donald Trump est très impopulaire en Italie. L’Italie s’est révélée aussi exposée que les autres aux droits de douane imposés par Washington, comme aux conséquences de l’attaque de l’Iran qui menace l’économie déjà fragile du pays. En avril 2026, Giorgia Meloni s’offusque des propos de Trump surf le pape et critique l’attaque de l’Iran par les Etats-Unis. Il faut dire que l’opinion publique italienne est travaillée par un profond courant pacifiste, par une méfiance vis-à-vis des Etats-Unis et une sympathie réelle pour le sort des Palestiniens.

Egalement en avril 2026, Giorgia Meloni a salué son ami Orban après sa défaite aux élections législatives : « Félicitations pour la nette victoire électorale de Péter Magyar, à qui le gouvernement italien souhaite un bon travail. Je remercie mon ami Viktor Orban pour l’intense collaboration de ces dernières années, et je sais qu’il continuera, même dans l’opposition, à servir sa nation», a écrit sur X la présidente d’extrême droite du conseil italien.

Ressemblances et divergences entre le RN et Fratelli d’Italia

Les relations entre de RN et Fratelli d’Italia restent relativement modestes. Les 2 mouvements siègent au Parlement européen dans 2 groupes différents, le RN siégeant avec Matteo Salvini. Fratelli d’Italia a mis sous le boisseau ses critiques de l’UE, alors que le RN affirme sa volonté de la transformer. Un autre motif de divergence réside aussi dans la référence au fascisme mussolinien, qui vient percuter la « dédiabolisation » du RN, qui cherche pour sa part à faire table rase du passé. Les programmes économiques sont également sensiblement différents : rigueur budgétaire et néo-libéralisme pour Giorgia Meloni, politique plus étatique et dépensière du côté du RN, qui n’a de cesse de dénoncer le néo-libéralisme et la mondialisation. Autre différence qui a son importance : Fratelli d’Italia ne recherche pas l’alliance avec la Russie, et Giorgia Meloni soutient l’Ukraine. Enfin la référence au christianisme est absente du discours du RN , en tout cas depuis le départ de la tendance catholique traditionnaliste, personnifiée par Bernard Anthony. « Je suis Giorgia ! Je suis une femme, je suis une mère, je suis Italienne, je suis chrétienne et vous ne me l’enlèverez pas !« , lance Giorgia Meloni, en 2019, lors d’un meeting à Rome. 

Pourtant les points communs entre le RN et Fratelli d’Italia ne manquent pas, à commencer par les références idéologiques (nationalisme, état fort, culte du chef, vision organique de l’Etat, autoritarisme…). On mentionnera :

  • Une certaine vision de l’Europe : même si Giorgia Meloni a tu ses critiques vis-à-vis de l’UE, elle n’en est pas moins restée favorable à une Europe des peuples ou des nations.
  • Le recours au référendum comme mode de gouvernement et, plus globalement l’appel au peuple contre les institutions.
  • Les tentatives de limiter l’Etat de droit, à travers des mesures répressives et des limitations de la démocratie représentative, même si les tentatives italiennes en ce sens ont été vouées à l’échec.
  • La critique du gouvernement des juges, à travers notamment la réforme du Conseil supérieur de la magistrature.
  • La volonté de mener un intense combat culturel, de mettre en œuvre un nouveau « récit national » et de contrôler les médias.

Le RN est plus proche de la Lega de Matteo Salvani. Ils collaborent au sein du Parlement européen, et les rencontres sont fréquentes. Les convergences sont en effet plus importantes qu’avec Fratelli d’Italia : mêmes  critiques vis-à-vis de l’Europe, même tropisme pro-russe.

Le RN rencontre en outre régulièrement le syndicat UGL, héritier du syndicat fasciste mussolinien, avec lequel les liens sont anciens. L’UGL a reçu à plusieurs reprises Marine Le Pen , mais aussi Jordan Bardella, Jean-Lin Lacapelle… Au centre de ces contacts, on trouve Gian Luigi Ferretti, responsable des relations internationales du syndicat depuis 2017, soutien des néofascistes italiens de CasaPound[3] et facilitateur des contacts du RN avec les réseaux italiens. C’est aussi un proche de Frédéric Chatillon, l’ancien chef du GUD (Groupe Union Défense) et vieil ami de Marine Le Pen, installé à Rome depuis sa mise en cause dans l’affaire du financement des campagnes du RN.

Va-t-on assister à un rapprochement entre le RN – s’il arrive au pouvoir – et le gouvernement de Giorgia Meloni ? Nous n’en savons rien . Le 18 avril 2026, Jordan Bardella a participé à un meeting contre l’immigration et l’UE devant le Dôme de Milan. Il a déclaré : « Ici à Milan, je suis venu pour vous rassurer : notre victoire à la prochaine élection présidentielle est proche. Et nous nous préparons à dire adieu à Macron. (…) Avec Marine Le Pen, nous menons un combat existentiel pour faire de la France à nouveau une grande puissance », une victoire du Rassemblement national en France ne sera pas seulement une victoire française, mais pour toutes les nations d’Europe ». Ce rassemblement était organisé par la Lega de Matteo Salvini et le groupe parlementaire Les Patriotes pour l’Europe, et non par Fratelli d‘Italia.

Pour certains, « la victoire du parti Fratelli d’Italia pourrait annoncer une synthèse entre les logiques technocratiques, l’acceptation de la dimension européenne de l’Alliance atlantique, des valeurs très conservatrices et des instances néonationalistes »[4].


[1] L’Italie est devenu un pays d’immigration dans les années 2000.

[2] Déjà en 2020, l’Italie avait régularisé 600 000 clandestins dans certains secteurs (agriculture, élevage et zootechnie, pêche et aquaculture et « activités connexes », services à la personne, travail domestique pour les besoins de la famille. Le dispositif accordait une carte de séjour de 5 ans.

[3] CasaPound est une organisation que l’on peut qualifier de néo-fasciste, dans le contexte italien ; elle est implantée dans de nombreuse villes. Comme l’écrit Emanuele Toscano : CasaPound se signale par un « discours « métapolitique, l’attention aux questions plus culturelles et intellectuelles, le rejet de la dichotomie droite-gauche, combinés avec une dimension néofasciste dans laquelle la confrontation et le culte du corps sont fortement renforcés. En ce sens, l’orientation de CasaPound présente une combinaison originale des positions particulières de la nouvelle droite avec des approches nationalistes et révisionnistes inspirées par la première période du fascisme historique ». Toscano, Emanuele. « Le mouvement de CasaPound : la nouvelle droite radicale en Italie », In : Mouvements sociaux, édité par Geoffrey Pleyers et Brieg Capitaine, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2016, https://doi.org/10.4000/books.editionsmsh.9920.

[4] Gille Gressani, directeur du Grand Continent, dans Le Monde, https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/09/26/giorgia-meloni-n-incarne-pas-le-retour-du-fascisme-mais-l-apparition-d-une-nouvelle-formule-politique_6143300_3232.html

Le présent article fait partie d’un dossier qui comprend 8 articles :

  • Le RN et les Etats-Unis de Trump (1/8).
  • L’extrême droite américaine et le RN (2/8).
  • Le RN et la Russie de Poutine (3/8).
  • Le RN et l’Union Européenne (4/8).
  • Le RN et la Hongrie d’Orban (5/8)
  • Meloni, une alliée encombrante ? (6/8).
  • La supériorité du droit national sur le droit international (7/8).
  • En concluant sur le renversement des alliances (8/8).
Laurent Delmas

Laurent Delmas

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