Dans l’entourage de Trump, on peut identifier 3 courants majeurs : les nationaux-conservateurs (NatCons), dont les figures de proue sont Steve Bannon et J.D. Vance (pour ce dernier, dans sa version catholique), les néo-réactionnaires (Nick Land, Curtis Yarvin étant les plus connus) et enfin les techno-libertariens de la Tech. Sans doute les NatCons sont les plus …
L’extrême droite américaine et le RN

Les courants de l’extrême droite américaine
Dans l’entourage de Trump, on peut identifier 3 courants majeurs : les nationaux-conservateurs (NatCons), dont les figures de proue sont Steve Bannon et J.D. Vance (pour ce dernier, dans sa version catholique), les néo-réactionnaires (Nick Land, Curtis Yarvin étant les plus connus) et enfin les techno-libertariens de la Tech[1]. Sans doute les NatCons sont les plus influents. Ce sont en tout cas les plus représentés dans l’administration Trump.

Si l’on prend en compte la cartographie ci-après réalisée par l’IRIS[2], on peut considérer que notre courant NatCons correspond aux courants IRIS « post-libéralisme », « conservatisme chrétien catholique » et « conservatisme chrétien protestant », notre courant néo-réactionnaire au courant IRIS « néo-réaction », notre courant techno-libertarien au courant IRIS « libertarianisme autoritaire ».
L’influence de ces 3 courants sur l’extrême droite européenne est évidente[3]. On peut la qualifier « d’influence d’atmosphère », car elle n’est pas toujours directe et presque jamais revendiquée, mais passe plutôt par un fonds idéologique commun et des thématiques partagées. Mais il y a aussi les rencontres, les conférences, les colloques, surtout à l’initiative du courant national-conservateur… où se croisent les différentes composantes de l’extrême droite, dont le RN. Il nous semble que l’on peut même affirmer que c’est le courant NatCons qui est aux manettes dans la construction d’une internationale de l‘extrême droite, via notamment le CPAC trumpien et le MCC orbanien.
Comme nous le disions, la référence à ces courants n’est pas assumée par le RN. Il faut dire que le corpus des néo-réactionnaires et des nationaux-conservateurs américains est « gênant » : totalement contraire aux valeurs émanant des Lumières, qu’il s’agisse de nos conceptions de l’Etat ou de la Nation comme de la démocratie représentative, elle apparaît en outre comme un produit d’importation, voire un produit exotique, difficile à assumer pour des tenants du nationalisme et de l’identitarisme…
Les nationaux-conservateurs
Le courant national-conservateur a été lancé aux États-Unis par le penseur ultra-conservateur israélo-américain Yoram Hazony, auteur de Les vertus du nationalisme et le Claremont Institute, qui regroupe des disciples de Leo Strauss, en 2019. L’objectif était de créer une idéologie survivant à Donald Trump. Ses conférences annuelles lui ont permis de construire un véritable programme politique. De façon générale, ses préconisations sont les suivantes :
- Un système politique illibéral et chrétien, en rupture assumée avec la démocratie libérale, avec un accent mis sur la lutte contre les ennemis de l’intérieur.
- Un modèle économique rejetant la mondialisation néolibérale et redonnant un certain rôle à l’État fédéral, tout en menant un combat contre l’État administratif (le deep state), obsession de Steve Bannon.
- En politique étrangère, les NatCons entendent renouveler le nationalisme et condamnent l’ordre international libéral mis en place par les États-Unis après 1945 et les interventions militaires extérieures[4].
Les 3 porte-paroles principaux des NatCons dans l’entourage de Trump sont Steve Bannon[5], J. D Vance, ce dernier, catholique traditionnaliste, étant vice-Président des Etats-Unis, et Ron deSantis. Il nous semble intéressant de die quelques mots des positions de J.D. Vance, dont on peut craindre qu’il soit le prochain président des Etats-Unis.
Les positions de J.D. Vance sont ainsi résumées ainsi par Marlène Laruelle : « la souveraineté de l’Etat-nation est primordiale et ne peut être limitée par des lois ou des institutions supranationales ; la société ne peut fonctionner sans autorité morale, et cette autorité peut conduire à des formes d’autoritarisme à l’encontre des institutions démocratiques ; (…) les sociétés doivent être culturellement homogènes, les étrangers peuvent s’y intégrer en acceptant l’assimilation, mais non en demandant le multiculturalisme ; les individus ne sont pas des cartes blanches en termes d’identité, mais sont pétris d’histoire et de géographie, des marqueurs identitaires qui doivent être protégés et valorisés ; les normes culturelles en matière de famille, de sexe et de genre ne peuvent évoluer rapidement.
Sur le plan international, Vance esquisse également un nouvel ordre illibéral marqué par le retour de la puissance. (…) Les négociations font fi des valeurs morales et du droit international, jugés biaisés idéologiquement en faveur du libéralisme progressiste et contraire aux intérêts nationaux. (…) L’accélérationnisme, c’est-à-dire l’idée selon laquelle la vitesse est nécessaire pour ébranler le statu quo, permet de prendre de court les concurrents. (…) Ce darwinisme social multipolaire reconnaît à chaque puissance le même objectif, celui d’être ‘’great again’’ ; et que le meilleur gagne, par tous les moyens »[6].
Le combat de Vance est avant tout un combat « civilisationnel », mené au nom de raisons morales et religieuses. Le déclin de l’Europe est dû selon lui aux progrès de l’irreligion et à l’effondrement du patriotisme. C’est contre ce déclin qu’il faut lutter, ce qui suppose la restauration d’un État fondé sur le nationalisme et le christianisme. Ainsi, lors de la conférence de Turning Point USA, organisée en hommage à Charlie Kirk, le 21 décembre 2025, le vice-président a défendu un christianisme de combat : « Je ne dis pas que vous devez être chrétien pour être américain. Je dis quelque chose de plus simple et de plus vrai. Le christianisme est la foi de l’Amérique, un langage moral commun, de la révolution à la guerre civile et au-delà. (…) Le projet de restauration d’une identité nationale et chrétienne vise aussi explicitement une identité blanche et masculine, que le vice-président représente comme discriminée, voire persécutée »[7].
J.D. Vance et les NatCons sont très conservateurs sur les questions sociétales. En janvier 2026, l’administration Trump a annoncé l’extension de la «règle de Mexico», instaurée par Ronald Reagan en 1984, qui jusqu’ici retirait les financements américains aux ONG étrangères promouvant l’avortement. Désormais, cette politique s’appliquera également aux associations soutenant des politiques de diversité, d’équité et d’inclusion, ainsi qu’aux programmes soutenant ce que J.D. Vance appelle les « idéologies radicales de genre ». Le 23 janvier le vice-Président JD Vance a participé à la Marche annuelle pour la Vie à Washington, un événement anti-avortement . Il a appelé à bloquer les mesures prises par Joe Biden, qui auraient eu pour objectif « d’exporter l’avortement et l’idéologie radicale de genre à travers le monde ».
Le 14 février 2025, J.D Vance a consterné les Allemands et, plus généralement, les Européens, par son discours à Munich dans lequel il avait affirmé que la liberté d’expression « reculait » sur le Vieux Continent et que « aucun électeur sur ce continent n’est allé aux urnes pour ouvrir les vannes à des millions d’immigrants non contrôlés ». Il avait en outre appelé à voter pour l’Alternative für Deutschland (AfD). Aussitôt Jordan Bardella applaudit des deux mains ! Il salue « la lucidité » du vice-président américain ; lui aussi considère que la « liberté d’expression est aujourd’hui en danger » en Europe et en France, à cause de ce qu’il appelle le « harcèlement » du « militantisme de gauche et d’extrême gauche », et de surenchérir sur X : « « Le discours dominant n’est plus le discours majoritaire dans le pays. Je crois qu’il a raison de s’inquiéter d’une dérive orwellienne de la gauche qui milite pour restreindre la liberté d’expression, qui est aujourd’hui en danger dans notre pays »[8].
C’est incontestablement avec ce courant que le RN a le plus d’accointances, et le plus de contacts. Steve Bannon était présent, on l’a mentionné, lors du congrès du RN en mars 2018. Les occasions de rencontres et d’échanges sont multiples, comme nous l’avons vu.
On peut identifier de nombreux points communs entre les positions des NatCons et le discours du RN :
- La conception organique, voire ethnoraciale de la Nation.
- La supériorité de la loi nationale sur les engagements internationaux.
- L’idée que la liberté d’expression est menacée par la gauche, le progressisme, le « wokisme »…
- Le rôle de l’Etat, qui doit à la fois permettre l’exercice de la libre concurrence et assuere ses responsabilités « régaliennes » (police, justice…).
En revanche les références religieuses ne sont pas présentes dans le discours du RN. En outre, le RN a effacé depuis plusieurs années ses positions antiavortement, anti mariage pour tous…, contrairement aux NatCons.
Il existe des ponts entre les NatrCons et les néo-réactionnaires. Selon Wikipédia, « J. D. Vance est un adhérent d’un mouvement qui s’est autobaptisé ‘’Lumières obscures’’. (…) Il est un ami personnel de Curtis Yarvin (qui se fait aussi appeler Mencius Moldbug), le théoricien et créateur de cette école de pensée ».
Les néo-réactionnaires
Le courant néo-réactionnaire américain – dont l‘influence auprès de Trump est plus« diffuse » – est porté par des personnalités assez diverses ; on citera Nick Land, universitaire anglais, et Curtis Yarvin (alias Mencius Moldbug), blogueur / influenceur qui a ses entrées à la Maison Blanche. Tous les 2 ont la particularité de s’être exilés en Chine, où ils ont trouvé, selon leurs dires, un contexte plus proche de leurs idéaux (leurs modèles sont Singapour, Hong Kong et la Chine). On pourrait également citer Spandrell, également blogueur, qui est le porteur du concept de « bioléninisme » qui prétend que la gauche est structurellement et biologiquement destinée à accueillir les minorités et les handicapés. Les grandes références philosophiques des néo-réactionnaires sont éclectiques : Gustave Le Bon[9], René Girard[10] et Nietzsche, voire Gilles Deleuze et Félix Guattari, dont Nick land reprend le concept de déterritorialisation (« tout ordre est travaillé par des dynamiques qui le déstructurent »), ainsi que Georges Bataille[11].
Le courant néo-réactionnaire américain peut être caractérisé en quelques mots-clés, ces mots correspondant à des concepts revendiqués [12] :
- Le meilleur régime politique est celui dans lequel l’Etat est propriétaire de son territoire et le fait fonctionner comme une entreprise ; c’est dans le langage des néo-réactionnaires, le néocaméralisme. Ce concept n’est pas sans rapport avec la vision de Trump et sa volonté d’acheter un territoire comme le Groenland. Le formalisme désigne le processus de transfert de propriété qui doit toucher l’Etat, mais aussi les autres institutions territoriales, les services publics… Globalement les néo-réactionnaires sont proches des libertariens, tout en s’en démarquant sur l’immigration, le nationalisme…
- Les néo-réactionnaires sont des adeptes du darwinisme social et de l’inégalité biologique, ou au moins du « séparatisme ethnique ». Nick Land écrit ainsi : « Les populations indigènes des société historiquement blanches subissent une attaque idéologique (et criminelle) à d’une intensité alarmante. (…) Le séparatisme etrhnique (de toute sorte) est une aspiration légitime »[13]. Les néo-réactionnaires défendent la race blanche et la blanchité.
- Les néo-réactionnaires sont dans l’ensemble des laïques, voire des païens, même s’ils revendiquent les origines judéo-chrétiennes de notre civilisation. Ils ne sont pas du tout partisans de revenir sur la légalisation de l’avortement, la tolérance vis-à-vis des homosexuels… ; ce n’est pas leur combat. En cela ils diffèrent nettement des NatCons.
- La pensée néo-réactionnaire repose sur l’idée que le développement économique va en s’accélérant, notamment sous l’effet de l’IA, et qu’il faut encore l’accélérer ; c’est l’accélérationnisme ; cette évolution est porteuse d’une nouvelle société, qui accouchera du chaos, d’une sorte de jugement dernier ; en ce sens la néo-réaction peut être qualifiée d’eschatologique. Elle suggère en conséquence de ne pas faire de politique, le mouvement naturel de la société lui donnant de toute façon la victoire.
- La néo-réaction entend lutter contre le système d’information dominant, composé essentiellement des médias et des universités, baptisé la Cathédrale[14], qui véhicule des pensées progressistes, humanistes et égalitaristes. Elle accorde une grande place au combat culturel.
- Les néo-réactionnaires sont persuadés qu’il existe un Etat profond, « un modèle de gouvernement occulte ou caché – celui sous lequel opère la Cathédrale »[15]. Autre concept ayant inspiré le mouvement MAGA.
- Les néo-réactionnaires sont des adeptes du révisionnisme historique. « Notre première étape est une reconstruction linguistique complète de la politique et de l’histoire ». « Ce dont nous avons vraiment besoin, c’est d’une interprétation de l’histoire tellement réactionnaire qu’elle ne contient aucun Universalisme ou proto-Universalisme du tout » [16].D’où une réécriture de la guerre de Sécession, du New Deal, du colonialisme, mais aussi du fascisme et de la période nazie[17].
Arnaud Miranda décèle également chez les néo-réactionnaires une conception « transactionnelle » de la politique internationale, ce qui rappelle évidemment la pratique trumpienne des « deals ».
Il existe des connexions entre le RN et les néo-réactionnaires, via des individus et via une certain vision de la société. Du côté des individus, on mentionnera le rôle de Julien Rochedy, ex Président du Front national de la jeunesse, éditeur en France des néo-réactionnaires, vieil ami de Marion Maréchal (qui a rejoint le RN) et de Frédéric Chatillon (qui n’est certes plus au RN, mais dont les société fournissent des prestations au RN).

Mais il existe un fonds commun entre l’idéologie des néo-réactionnaires et la conception du monde du RN : une vision ethno-raciale et identitaire de la Nation, une propension au complotisme (à travers notamment le thème de l’Etat profond), une tendance à réécrire l’histoire, l’importance de la technologie dans le développement économique (cf. ci-dessous)… Mais les différences sont indéniables : le RN ne défend pas le néocaméralisme et le formalisme(l’Etat propriétaire de son territoire), ne développe pas une vision eschatologique du monde…
Les techno-libertariens
« Les grands patrons de la Silicon Valley se sont ralliés à Trump les uns après les autres pendant la campagne de 2024. Le fondateur de PayPal Peter Thiel, l’investisseur David Sacks, le créateur de Mosaic puis de Netscape Marc Andreessen et son partenaire Ben Horowitz ont été les premiers ». Elon Musk les a rejoints tardivement (juillet 2024). Enfin « le fondateur de Facebook Mark Zuckerberg, le fondateur d’Amazon Jeff Bezos, le directeur général de Google Sundar Pichai, le directeur général d’Apple Tim Cook et le co-fondateur de Google Sergey Brin »[19], après avoir été invités à la cérémonie d’investiture, ont multiplié les louanges à Donald Trum. Comment expliquer ces ralliements ?
« La mouvance tech-libertarienne refuse les régulations tatillonnes d’un État fédéral perçu comme très lointain et illégitime. Elle se caractérise surtout aujourd’hui par sa foi dans les vastes possibilités du progrès technologique. C’est dans ses rangs que se recrutent les transhumanistes, qui projettent d’aboutir à l’immortalité humaine grâce aux progrès médico-technologiques. L’une des entreprises fondées par Elon Musk, Neuralink, cherche ainsi à développer des implants cérébraux pour augmenter ou réparer la mémoire »[20].
Les techno-libertariens considèrent l’IA comme un levier, non seulement pour accélérer la croissance économique et « libérer l’économie », mais aussi pour prendre le contrôle de l’Etat. La société Palantir, géante de l’IA, fondée par Peter Thiel et dirigé par Alex Karp – docteur en philosophie et admirateur de Jürgen Habermas – vient de publier 22 thèses sur l’avenir de l’Amérique et de l’Occident[21]. Comme l’écrivent Miranda et Gressani, le projet de Palantir est de« transformer l’État en une filiale de sa propre infrastructure digitale, en vidant ainsi la souveraineté de sa dimension démocratique. Le projet de Karp est clairement un postlibéralisme technologique ».
On trouve dans ce manifeste les affirmations suivantes, assez stupéfiantes puisqu’il s’agit d’un programme politique émanant d’une entreprise :
- « La Silicon Valley a une dette morale envers le pays qui a rendu possible son ascension. L’élite de l’ingénierie de la Silicon Valley a l’obligation positive de participer à la défense de la nation.
- La décadence d’une culture ou d’une civilisation, et en effet de sa classe dirigeante, ne sera pardonnée que si cette culture est capable de produire de la croissance économique et de la sécurité pour le public.
- Les limites du soft power, de la rhétorique brillante à elle seule, sont aujourd’hui manifestes. La capacité des sociétés libres et démocratiques à l’emporter exige quelque chose de plus qu’un appel moral. Elle exige du hard power, et le hard power de ce siècle reposera sur les logiciels.
- L’ère atomique prend fin. Un âge de dissuasion, l’âge atomique, prend fin, et une nouvelle ère de dissuasion, fondée sur l’IA, est sur le point de commencer.
- Certaines cultures ont produit des avancées vitales ; d’autres demeurent dysfonctionnelles et régressives. Toutes les cultures seraient désormais égales. La critique et les jugements de valeur seraient interdits. Pourtant, ce nouveau dogme passe sous silence le fait que certaines cultures, et, en effet, certaines sous-cultures […] ont produit des merveilles. D’autres se sont révélées médiocres, et pire, régressives et nocives.
- Nous devons résister à la tentation superficielle d’un pluralisme vide et creux. Nous, en Amérique, et plus largement dans l’Occident, avons, pendant le dernier demi-siècle, résisté à la définition de cultures nationales au nom de l’inclusion. Mais l’inclusion dans quoi ? »
Les techno-libertariens ne sont pas toujours d’accord avec les décisions de Trump, notamment sur l’instauration de droits de douane et les restrictions de l’immigration.
Quelle est l’influence de ce courant sur le RN ? Il est sans doute relativement faible, en particulier parce que les propositions du RN supposent un i interventionnisme de l’Etat, même si Jordan Bardella semble plus « libéral ». Cependant le RN est le seul mouvement politique français qui a inscrit dans son programme le développement de l’IA, et qui y voit -comme les libertariens, mais aussi comme les néo-réactionnaires – un élément central pour la croissance économique et la souveraineté nationale.
Ans le programme du RN pour les élections européennes de 2024, le RN estime que « l’Europe ne peut pas se permettre de n’être que le spectateur passif de la Quatrième révolution industrielle, marquée notamment par l’essor de l’Intelligence artificielle : c’est la grande révolution technologique de ce siècle ».
Et de faire un certain nombre de propositions :
- « Défendre la constitution d’un cloud souverain européen. (…)
- Élargir les domaines éligibles aux Projets importants d’intérêt européen commun (PIIEC). (…)
- Revoir les règles de la concurrence européenne pour autoriser la concentration des acteurs et créer des champions européens du numérique. (…)
- Combler les dépendances stratégiques dans le domaine de la Défense : l’IA est déjà une réalité sur les théâtres d’opérations (aide à la prise de décision, collecte et traitement du renseignement, analyse d’images satellites, etc.) et cette tendance va s’amplifier. L’Europe technologique doit aider les forces armées nationales à se doter d’applications et de solutions ne souffrant d’aucune dépendance critique ».
Conclusion
En guise de conclusion, comme le dit Radio France, à propos du discours du 14 février 2025 de J.D. Vance et des liens entre le RN et Trump : « Le RN se range au côté d’une puissance étrangère qui s’en prend à nos intérêts nationaux, diplomatiques ou commerciaux. Voir l’extrême droite cataloguée en ‘’parti de l’étranger’’, c’est une posture déjà vue, mais toujours inconfortable pour une formation qui se prétend patriote »[22].
[1] Les élections de Trump en 2017 et 2025 ont été considérées comme un échec cuisant par un autre courant, les néo-conservateurs. Ce courant – descendant de courants historiquement démocrates – apparaît à partir de 1995 autour de l’hebdomadaire The Weekly Standard, clairement à droite, côté républicain, et presque exclusivement centré sur la politique étrangère. Les néoconservateurs des années 1990 à 2012 veulent une Amérique interventionniste, une Amérique qui favorise la démocratie contre la tyrannie, au nom de la morale. Les néo-conservateurs s’attaquent à l’interventionnisme étatique, qu’il soit social ou économique, tout en admettant une intervention de l’Etat dans les domaines régaliens. Ils mettent en avant la lutte pour des idées. Ils ont dominé le parti républicain jusque 2012. Francis Fukuyama est un des principaux théoriciens du néo-conservatisme.
[2] Camille Boulanger, Cartographie des courants idéologiques au sein du parti républicain, note n° 31, IRIS, février 2026.
[3] Nous n’évoquons pas ici l’alt right (pour « alternative right »), autre courant d’extrême droite américain, dont l’influence a diminué depuis le premier mandat de Trump. Les tenants de l’alt right professent un discours violent anti-métissage parfois raciste, parfois xénophobe, chez certains antisémite ou suprémaciste blanc, voire néo-paganiste.
Nous n’évoquons pas non plus l’« aristopopulisme », inventé par Patrick J. Deneen, et repris par ses nombreux disciples. « Cet étonnant mot-valise, développé par celui qui est devenu l’un des intellectuels organiques de la ‘’nouvelle droite’’ américaine, permet de théoriser le dépassement du stade contestataire du populisme. (…) Il consiste avant tout à faire émerger une nouvelle élite, une nouvelle intelligentsia loyale capable de mener le combat au sein des sphères du pouvoir ». Julian Blum, L’aristopopulisme ou les paradoxes de la « nouvelle droite » américaine, Fondation Jean Jaurès, 23 octobre 2024.
[4] Maya Kandel, Le national-conservatisme, quelle politique étrangère pour la « nouvelle droite » américaine ?, Potomac Paper n°47, IRIS, mars 2023.
[5] Proche de l’alt right lors du premier mandat Trump.
[6] Marlène Laruelle, professeure à l’université George-Washington, à Washington, directrice du programme d’études sur l’illibéralisme, spécialiste de la Russie et des courants illibéraux en Europe et aux Etats-Unis, L’illibéralisme de J. D. Vance ne se contente pas de critiquer les valeurs libérales et progressives, il avance un projet politique réel, https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/02/24/l-illiberalisme-de-j-d-vance-ne-se-contente-pas-de-critiquer-les-valeurs-liberales-et-progressives-il-avance-un-projet-politique-reel_6561493_3232.html
[7] Gérard Grunberg, La guerre civilisationnelle de Trump et Vance contre l’Europe libérale, https://www.telos-eu.com/fr/politique-francaise-et-internationale/la-guerre-civilisationnelle-de-trump-et-vance-cont.html
[8] On ne voit pas très bien ce que cette dérive d’orwellien… Sans doute veut-il laisser entendre que la gauche est big brother.
[9] Gustave Le Bon, auteur de La psychologie des foules (1841-1931) défend une conception essentialiste et raciste des peuples[30]. Il attribue à chaque peuple des traits physiques communs, en particulier des traits liés à leur «structure cérébrale». Il affirme l’idée d’un déterminisme biologique et psychologique, auxquels les «races» seraient soumises. Ayant comparé des cerveaux féminins et masculins et mesuré leur poids relatif, il en déduit l’infériorité intellectuelle des femmes.
[10] René Girard, anthropologue (1923-2015), est connu pour sa théorie du bouc émissaire ; comme le dit Wikipedia, « la pensée de René Girard s’apparente aux pensées pour lesquelles le conflit entre individus est au fondement de la réalité sociale qui le médiatise et le transforme sans jamais l’abolir ».
[11] Nick land, The Thirst for Annihilation. Georges Bataille and Virulent Nihilism, Londres, Roujtledge, 1992.
[12] Arnaud Miranda, Les lumières sombres, Comprendre la pensée néoréactionnaire, Paris, Gallimard, Le Grand Continent, 2026 . Curtis Yarvin, Unqualified Reservations, Anéantir le progressisme sans devenir conservateur, Hétairie, 2025. Nick Land, Xenosystems, Qu’est-ce que la Néoréaction ?, Hétairie, 2025.
[13] Nick Land, op. cit. p. 99I.
[14] Que les internautes de la sphère néo-réactionnaire appellent souvent la Synagogue, ce qui en dit long… Voir Nick Land, op. cit. p. 35.
[15] Nick land, op. cit. P 38.
[16] Curtis Yarvin, op. cit. p. 548 et p. 532.
[17] Les néo-réactionnaires se défendent d’être fascistes (ils laissent cette « qualité » à l’alt right) ou nazis.
[18] https://www.youtube.com/shorts/qQ1kiBc65YM
[19] Laurence Nardon, Entre nationalistes conservateurs et tech-libertariens, les idées d’extrême droite dans l’administration Trump 2, Editoriaux de l’IFRI, 31 janvier 2025.
[20] Laurence Nardon, op. cit.
[21] https://legrandcontinent.eu/fr/2026/04/20/le-manifeste-de-palantir-pour-la-domination/
[22] https://www.radiofrance.fr/franceinfo/podcasts/l-edito-politique/edito-le-discours-hostile-du-vice-president-americain-jd-vance-a-l-encontre-de-l-europe-fait-le-jeu-du-rassemblement-national-8743435
Le présent article fait partie d’un dossier qui comprend 8 articles :
- Le RN et les Etats-Unis de Trump (1/8).
- L’extrême droite américaine et le RN (2/8).
- Le RN et la Russie de Poutine (3/8).
- Le RN et l’Union Européenne (4/8).
- Le RN et la Hongrie d’Orban (5/8)
- Meloni, une alliée encombrante ? (6/8).
- La supériorité du droit national sur le droit international (7/8).
- En concluant sur le renversement des alliances (8/8).
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