Le RN et les Etats-Unis de Trump

Le RN n’a cessé de tresser des louanges à Donald Trump, mais s’est montré et se montre mal à l’aise par rapport à certaines déclarations ou actions du président des Etats-Unis. D’où quelques prises de position critiques (sur l’interdiction de visa de Thierry Breton, le Venezuela, le Groenland et l’Iran), qui sont à mettre en …

Un appui constant à Trump, malgré quelques critiques récentes

Le RN n’a cessé de tresser des louanges à Donald Trump, mais s’est montré et se montre mal à l’aise par rapport à certaines déclarations ou actions du président des Etats-Unis. D’où quelques prises de position critiques (sur l’interdiction de visa de Thierry Breton, le Venezuela, le Groenland et l’Iran), qui sont à mettre en balance avec un soutien constant.

Steve Bannon et Marine Le Pen en mars 2018 à Lille © PHILIPPE HUGUEN / AFP

Le 15 janvier 2017, peu après l’élection de Donald Trum pour son premier mandat, Marine Le Pen déclare sur RTL : « Ce que fait Donald Trump m’intéresse. Et pour cause, il met en place la politique que j’appelle de mes vœux depuis très longtemps ». Le vice-président du parti, Louis Aliot, s’est rendu à l’investiture de Donald Trump en janvier 2017. Mais Trump est un ingrat : on se rappelle l’humiliation que Marine Le Pen a subie à New York quelques semaines après, recalée au pied de la Trump Tower alors qu’elle cherchait la bénédiction de Donald Trump.

Sans rancune, Marine Le Pen recevra d’ailleurs en grandes pompes, lors du congrès de son mouvement en mars 2018, Steve Banon, l’idéologue organique du trumpisme (voir ci-dessous)

En 2024, les dirigeants du RN se sont félicités du retour au pouvoir de Donald Trump, louant le triomphe d’un allié. « Grâce à lui, un vent de liberté, de fierté nationale souffle sur toutes les démocraties occidentales », avait même osé Jordan Bardella, en qualifiant ce succès de « bonne nouvelle ». Tout en précisant dans une autre intervention : «J’ai précisément indiqué que le vent de liberté qui soufflait sur les États-Unis d’Amérique ne devait pas faire de nous des êtres naïfs et que si Trump était bon pour l’Amérique alors il serait mauvais pour la France et pour l’Europe».

Louis Alliot s’est rendu en septembre 2025 au spectaculaire hommage religieux à Charlie Kirk, influenceur conservateur américain assassiné ; il est revenu fasciné par l’énergie trumpiste : « Il y a une impression de marche en avant, alors que nous sommes dans un discours décliniste. »

Le RN s’est montré critique vis-à-vis de Trump à 4 reprises, depuis décembre 2025 – ce qui ressemble à une (petite) prise de distance – : lors de l’interdiction du visa de Thierry Breton, lors de l’intention d’annexion du Groenland par Trump, lors de l’enlèvement du président Maduro au Venezuela, lors de la guerre en Iran. Mais, chaque fois, ces critiques sont très mesurées.

En ce qui concerne l’interdiction de visa de Thierry Breton en décembre 2025, les avis semblent partagés au sein du RN. «Je pense que l’administration Trump non seulement se trompe sur le fond, mais se trompe sur l’image qu’elle renvoie des États-Unis au monde entier», a critiqué son vice-président Sébastien Chenu. Deux eurodéputées RN ont quant à elles fait part de leur compréhension vis-à-vis de la décision américaine. «Thierry Breton avait menacé (en 2024) le propriétaire du réseau social de (faire) respecter les réglementations de l’UE. Un visa enlevé un an et demi après, ils ont fait preuve de beaucoup de patience !», a jugé Virginie Joron en référence aux différends entre Elon Musk et l’UE. Les États-Unis «ne se sacrifieront pas pour un continent sans libertés où l’on annule même des élections», en référence à la présidentielle roumaine, a renchéri Catherine Griset.

Le 6 janvier 2026, Marine Le Pen a marqué son désaccord après l’enlèvement de Nicolas Maduro par l’armée des Etats-Unis, en tout cas sur la méthode : « La souveraineté des États est inviolable et sacrée ». Jordan Bardella renchérit : « Le respect du droit international ne peut pas être à géométrie variable ». Nous sommes en présence, de toute évidence, de grands défenseurs du droit international.

Toujours en janvier 2026, devant le Parlement européen, Jordan Bardella proclame : «Ce qui se joue aujourd’hui autour du Groenland dépasse de loin un désaccord diplomatique ponctuel, c’est une épreuve de puissance et de vérité pour l’Europe. Lorsqu’un président américain menace ouvertement un Etat européen, […] ce n’est pas seulement un partenaire qui s’exprime, c’est un rapport de force qui s’impose ».

En ce qui concerne l’attaque de l’Iran par les Etats-Unis, les réactions du RN sont pour le moins mesurées. Jordan Bardella demande la 1er mars 2026 à Emmanuel Macron de réunir les dirigeants des partis politiques pour un « point complet » sur la situation. Le 20 mars, sur X, il affirme que « Face à la guerre en Iran, la France doit se protéger de répercussions économiques et d’un potentiel risque migratoire, mais je ne souhaite pas que notre pays s’engage dans ce conflit. Il faut également préserver ses intérêts et protéger nos alliés dans la région ». Le 16 avril sur France 2, il ne condamne pas l’attaque de l’Iran par les Etats-Unis mais critique le flou des objectifs de Trump: « On voit que les objectifs de guerre aujourd’hui du président Trump sont totalement erratiques. (..) Personne n’est capable de dire quelle est la cohérence, quelle est la colonne vertébrale de cette guerre qui est menée ».

Le RN reste fondamentalement un soutien de Donald Trump, qui le lui rend bien. Pour qui en douterait, Steve Bannon déclaré  l’émission « Complément d’enquête » diffusée le 8 janvier 2025 : « Le dernier élément qui va vraiment tuer l’Union européenne, ce sera l’élection de Marine Le Pen et du Rassemblement national ». On ne saurait être plus clair…

La Stratégie de Sécurité Nationale des Etats-Unis Dans un document publié le 5 décembre 2025, le président américain, Donald Trump, dessine la place des Etats-Unis dans le monde sur un plan géopolitique, stratégique et économique, privilégiant son approche de « l’Amérique d’abord ». Cette « Stratégie de sécritéu nationale » insiste notamment sur la lutte contre « l’immigration de masse » et les « invasions » et met en garde l’Europe contre son « effacement civilisationnel ». En ce qui concerne l’Europe, voici les orientations de sa politique : « Notre politique générale pour l’Europe devrait donner la priorité aux éléments suivants : Rétablir les conditions de stabilité en Europe et la stabilité stratégique avec la Russie.Permettre à l’Europe d’être autonome et de fonctionner comme un groupe de nations souveraines alignées, notamment en assumant la responsabilité principale de sa propre défense, sans être dominée par une puissance adverse.Encourager la résistance à la trajectoire actuelle de l’Union européenne au sein des nations européennes.Ouvrir les marchés européens aux biens et services américains et garantir un traitement équitable aux travailleurs et aux entreprises américains.Renforcer les nations prospères d’Europe centrale, orientale et méridionale grâce à des liens commerciaux, à la vente d’armes, à la collaboration politique et aux échanges culturels et éducatifs.Mettre fin à la perception, et empêcher la réalité, d’une OTAN comme une alliance en expansion perpétuelle.Encourager l’Europe à prendre des mesures pour lutter contre la surcapacité mercantiliste, le vol de technologies, le cyberespionnage et d’autres pratiques économiques hostiles ».

La constitution d’une internationale d’extrême droite

Cette alliance n’est pas de circonstance mais repose sur des proximités idéologiques. En témoigne le fait que le RN – ou ses élus – participe régulièrement aux réunions des think tanks de la galaxie trumpiste et des cercles orbaniens.

Deux organismes jouent un rôle important dans ce qu’il faut bien appeler la constitution d’une internationale d’extrême droite : le CPAC, à l’initiative des cercles trumpistes, et le MCC, initié par Viktor Orban :

  • La Conférence d’action politique conservatrice (Conservative Political Action Conference ou CPAC), est une réunion politique annuelle organisée par l’Union conservatrice américaine (American Conservative Union), avec en général le soutien de The Heritage Foundation, le think tank conservateur le plus influent de la galaxie MAGA (« Make America Great Again »), qui a fourni à Donald Trump le très radical Projet 2025. Les CPAC s’exportent en Hongrie mais également au Mexique, au Brésil, en Argentine, au Japon, en Corée et en Australie.
  • Le Mathias Corvinus Collegium (MCC), dont le siège est à Budapest, est le bras armé de Viktor Orbán dans le domaine de la réflexion stratégique et de l’éducation ; il bénéficie de financements importants[1].

Voici quelques exemples des rencontres du RN avec ces think tanks ou organismes, et quelques autres, tous sur les années 2025 et 2026 :

  • Début février 2025, Jordan Bardelle traverse l’Atlantique pour participer à la CPAC ;il écourte cependant sa visite après le salut nazi de l’ancien conseiller à la Maison Blanche Steve Bannon.
  • Au printemps 2025, Thibaut François, ancien député du Nord (2022-2024), considéré comme le diplomate de Marine Le Pen et de Jordan Bardella, et le député européen Fabrice Leggeri, ex-directeur de Frontex, se sont rendus à Budapest, pour l’édition européenne de la CPAC. Ce dernier y est retourné en septembre, pour un colloque coorganisé par le Danube Institute, un autre cercle orbanien.
  • Au cours de l’année 2025, les responsables du RN ont croisé les missionnaires du trumpisme à Paris, Madrid, Bruxelles, Strasbourg et aux Etats-Unis – pour ce qui est des rencontres rendues publiques recensées par Le Monde[2].
  • Le 9 décembre 2025, Jordan Bardella rencontre à Londres Nigel Farage, leader du parti anti-immigration Reform UK.
  • Le 12 décembre 2025, Jordan Bardella et Marine Le Pen rencontrent l’ambassadeur des Etats-Unis à Paris, Charles Kushner.
  • En décembre 2025, des organisations liées au trumpisme (Conservative Partnership Institute), à Matteo Salvini (Centre Machiavelli pour les études politiques et stratégiques), et à Viktor Orban (Centre pour les droits fondamentaux), ont rassemblé durant trois jours quelques dizaines de nationalistes européens et américains, pour un bootcamp for patriots (« camp d’entraînement pour patriotes »), dans un centre de congrès à une heure et demie de route de Budapest. Y participait Thibaut François[3].
  • En février 2026, le groupe parlementaire « les Patriotes pour l’Europe », que préside Jordan Bardella, organise au Parlement européen un colloque sur la « liberté d’expression », en compagnie de plusieurs trumpistes influents. Parmi les invités : le nouveau président chilien José Antonio Kast, des influenceurs anti-avortement, des responsables de The Heritage Foundation, Santiago Abascal, dirigeant de Vox qui compare l’homosexualité à la zoophilie, Sharon Slater, à la tête d’un lobby chrétien fondamentaliste opposé à l’avortement, qui assimile l’homosexualité à un trouble mental, ou encore Lucy Akello, femme politique responsable de l’introduction de la peine de mort ou de l’emprisonnement à perpétuité pour les personnes LGBTIQA+ en Ouganda. Dans le viseurs les dispositifs permettant l’avortement et le règlement européen sur les services numérique (« DSA »).

Et nous ne citons – et pour cause -que les réunions qui ont été rendues publiques. Ça fait déjà beaucoup…

Il semble que ce voisinage ne soit pas du coup de tout le monde au sein du RN. Jean-Philippe Tanguy (député de la Somme) a déclaré fin 2025 : « Les rencontres officielles sont nécessaires, mais je ne vois pas l’intérêt de se mêler aux think tanks. Il ne faudrait pas que le réseautage ait un impact prescripteur sur la ligne du parti ». Surtout ce n’est pas très porteur électoralement, vue la faible popularité – c’est un euphémisme – de Donald Trump en France. Gageons que, les élections présidentielles approchant, le RN va éviter de le câliner.


[1] Voir article 5 « Le RN et la Hongrie de Viktor Orban ».

[2] Clément Guillou, Au RN, une attraction inavouée pour le trumpisme et un alignement idéologique progressif, https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/01/18/au-rn-une-attraction-inavouee-pour-le-trumpisme-et-un-alignement-ideologique-progressif_6663002_823448.html

[3] Clément Guillou, op. cit.

Le présent article fait partie d’un dossier qui comprend 8 articles :

  • Le RN et les Etats-Unis de Trump (1/8).
  • L’extrême droite américaine et le RN (2/8).
  • Le RN et la Russie de Poutine (3/8).
  • Le RN et l’Union Européenne (4/8).
  • Le RN et la Hongrie d’Orban (5/8)
  • Meloni, une alliée encombrante ? (6/8).
  • La supériorité du droit national sur le droit international (7/8).
  • En concluant sur le renversement des alliances (8/8).

Laurent Delmas

Laurent Delmas

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